Mission en Terre Adélie sur la base de Dumont d'Urville en janvier 2022.

 

Qui peut dire avec exactitude où se trouve la Terre Adélie ?

 

Pour moi le voyage a commencé avec les cartes, puis avec une mappemonde

que j'ai du retourner pour visualiser l'Antarctique et situer ma destination. 

 

 Il y a peu d'élus pour une telle mission et c'est grâce à mon titre de POM que j'ai pu embarquer le 30 décembre dernier à bord de L'Astrolabe, l'unique brise-glace de la Marine nationale, mis à disposition de l'IPEV et des TAAF 120 jours par an. Ce patrouilleur polaire à la coque rouge est démilitarisé lors de ses rotations en Antarctique : il transporte du matériel pour les bases de Dumont d'Urville et de Concordia ainsi que des « passagers spéciaux », c'est à dire des chercheurs, des scientifiques, des géologues, des techniciens et même des peintres.

 

C'est un voyage physique - j'ai passé du temps dans ma bannette à subir le mauvais temps-mais c'est aussi un pèlerinage sur les traces des nombreux et courageux explorateurs qui ont ouvert la voie du Grand Sud. La descente est vertigineuse, 40èmes rugissants, 50èmes hurlants et 60émes mugissants. Heureusement, passés les 50èmes, la mer se calme et oh, miracle, apparaissent les premiers icebergs, encore plus beaux et plus abstraits que les pyramides. On pénètre dans un autre monde, un univers ouaté et mystérieux, celui du Sphinx des Glaces. Jules Verne n'a jamais été en Antarctique mais il en a eu l'intuition.

 

En quatre jours et huit heures-un record-nous avons rallié l’Île des Pétrels où est installée depuis 1952 l'unique base française du continent blanc. Sur place je sais que j'ai 13 jours pour peindre, le temps de la rotation. C'est presque du luxe avec en prime un jour polaire qui n'en finit pas...

 

Matériellement , je reviens de ce premier voyage avec une belle moisson de gouaches et ça a été la grande surprise car je ne pensais pas pouvoir autant travailler sur le motif. Malgré les températures rarement au-dessus de 0° mais grâce à l'air très sec et à l'absence providentielle de vent, j'ai pu m'installer dehors pour peindre sans gants et sans craindre que l'eau de mon gobelet ne gèle.

Par contre, j'ai fait l'erreur d'apporter beaucoup de papier blanc et d'oublier mon casque anti-bruit : l'Antarctique c'est très coloré et très bruyant !

Les constructions hétéroclites de DDU, les nombreux containers et la coque écarlate de L'Astrolabe m'ont obligé à sortir les couleurs les plus « pop » de ma boîte. Quand à la glace, qu'on ne me dise plus jamais qu'elle est blanche ! J'ai d'ailleurs appris que les couleurs là-bas racontent toutes une histoire.

Pour le silence, on en reparlera : au mois de janvier, la base devient « DDU les Bains » et vit au rythme soutenu d'une station estivale au moment du 15 août. Les manchots Adélie veillent farouchement sur leur progéniture et j'ai souvent eu l’impression de peindre au milieu d'un poulailler géant avec au-dessus de ma tête les rotations incessantes de l'hélicoptère.